16.12.2011

Lettre ouverte aux jeunes gens, étudiants.

Lettre ouverte aux jeunes gens, étudiants.

 

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Cette période (qui dure il est vrai depuis quelques années déjà) est particulièrement sinistre et cynique. Tout est fait, au regard de la politique du gouvernement Sarkozy et dans les media pour que s’organisent, dans les subjectivités, le repli sur soi, la peur de l’autre, l’individualisme, l’intolérance : la peur de tout qui revient à tout accepter et surtout à ne pas faire l’effort de penser les différentes situations. La peur de l’avenir, pour vous les plus jeunes, qui connaissez le chômage, l’absence de perspectives enchanteresses ou certaines, la répression, les interdits…

Sarkozy, depuis son arrivée au gouvernement, n’a de cesse de s’attaquer, de l’intérieur, aux institutions : l’école, les hôpitaux, les universités.

Dans les lieux où vous étudiez, école, lycée ou facs, ce qui est terrible c’est que la plupart de ceux qui sont vos professeurs, partagent la subjectivité médiocre qui est la norme : des discours catastrophistes à votre endroit (dixit certains « pas de salut pour vous hors la Chine » ) ou des abus de pouvoir : ils sont les maîtres, ils sont ceux qui savent et vous, vous ne savez rien et si vous apprenez quelque chose, il faut que vous restiez dans le moule. Jamais ils ne vous proposent la pensée, l’interlocution d’égal à égal sur ce terrain-là.

L’attaque et la destruction sarkozystes sont réelles et profondes ; il sera difficile de revenir en arrière, sur les réformes qui ont brisé le système public.

Que faire alors ? Que penser ?

D’abord, je pense que personne ne sait ce qui nous attend dans les cinq prochaines années tant du point de vue économique que social et politique. Les prévisions vont bon train mais personne ne fait l’hypothèse que le vent des révolutions arabes pourrait bien souffler jusqu’à nous. Ceux, parmi vos enseignants,  qui tiennent des propos tels que  « Partez en Chine », « Ici pas d’avenir, vous allez en baver » et d’autres choses encore du même acabit, sont des agents volontaristes de la politique de Sarkozy : ils baignent, sans recul ni critique, dans la conjoncture au lieu de la penser et surtout, ils vous entraînent à accepter vous aussi ce discours et à partager leur vision. Certains d’entre vous, étudiants, sont tentés de baisser les bras, sortent défaits de leurs cours et songent à arrêter leurs études. Pourquoi ? Parce que quelques profs bien pensants se prennent pour …. Dieu ou plutôt pour Irma la voyante.

C’est assez pitoyable vraiment.

Je crois qu’il faut être attentif à ce qu’il se passe, même aux mouvements les plus embryonnaires (pas nécessairement pour s’y joindre) mais pour mesurer ce qui se joue là. L’enquête permet toujours de se faire son propre point de vue et de se mettre à distance des media qui d’ailleurs censurent particulièrement les épisodes de révolte. Qui a parlé de l’évacuation « des indignés » du parvis de la Défense par les forces de l’ordre ?

Le temps de la jeunesse (je veux dire après le lycée), celui des études surtout, est un temps absolument à part dans une vie. Dès que vous serez entrés dans la vie active, ce temps-là sera parti à jamais. C’est donc un moment, une étape singulière où se forge pour la première fois votre rapport au travail pour vous-même (au lycée c’était obligatoire) et à ce que vous voulez devenir, à qui vous voulez être.

Qui l’on veut être, cela passe par la pensée qui aide à se forger ses propres principes.  

C’est une période déterminante et qui peut être heureuse dans ce monde sinistre parce que vous avez choisi de faire avant tout ce qui vous plaît. Heureuse parce que vous avez la chance de pouvoir faire ces études (ce n’est pas le cas de tous) et que vous avez le désir et l’envie d’apprendre. Vous n’avez pas donné priorité à établir une carrière, à faire des choix parce que cela vous assurerait de l’argent ou des avantages (ni trader ni dans la finance ni dans la politique…).

Vous vous lancez sans certitude de l’avenir parce que vous êtes mû par le désir de faire ce que vous aimez, par passion. Cela doit vous donner le courage de continuer et de forger, chemin faisant, vos propres principes dans cette société qui n’en a plus ou plutôt qui n’a que des principes matérialistes et pourris.

Le temps des études c’est aussi le temps de se dé-router, d’abandonner ses certitudes et de faire des rencontres improbables et imprévues : sortir de son monde pour rencontrer le monde. Alors tous ceux, qui du haut de l’estrade, sont installés dans leurs certitudes et qui prônent en plus la médiocrité comme norme de la pensée, sont vraiment à prendre avec de la distance critique. Faire aujourd’hui dans un cours l’apologie du film Intouchables est révélateur non seulement de cette médiocrité mais du règne de la pensée dominante qui cherche à donner bonne conscience et bonne opinion de soi-même et à bannir tout effort de pensée véritable.

Il y a un enjeu véritable à ce que des jeunes gens comme vous existent parce que c’est en étant ce que vous êtes que vous vous sortirez de la morosité, du pessimisme, de l’individualisme et que peut-être, dans les années à venir, les agences de notation, la finance comme unique idéologie politique, tout cela tombera.

Continuer et finir ce que vous avez commencé parce que, quoiqu’il arrive, vous aurez commencé votre vie en faisant ce que vous aviez profondément envie de faire et que vous aurez appris mille choses qui vous serviront toujours, même si ce n’est pas dans l’immédiat, même si dans un premier temps, vous ne vivez pas de cela.

C’est dur, je trouve, d’entrer dans la vie en devant faire dès le début des concessions sur soi et sur son désir. Désir ici au sens plein du terme : quelque chose qui vient de loin et qui est non seulement fondamental mais quasiment vital.

 

 

Paula Balso

 

 

Ce premier texte fait suite à une discussion avec deux étudiants, l’un en BTS design, l’autre en architecture. D’autres suivront.

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