18.12.2011
Pourquoi ce blog ?
A rebours du zapping, de la communication galopante, des échanges de prêt-à-penser, Lucarnes s’arrête, se pose, tente une pensée. Enquêtes sur tous les sujets, lettres ouvertes, notes à propos de ce que nous avons vu, lu, ou entendu… Coups de cœur, coups de colère aussi. Que l’on prenne nos propos pour ce qu’ils sont : sans arrière-monde, sans école ni courant.
Pas d’actualité nécessairement, ni de chronique régulière, pas non plus de politique mais nous ferons connaître ce que nous pensons : de et à l'occasion d'un film, d'un roman, d'un poème, d'une peinture... mais aussi bien d'une situation vécue, d'une conversation, de rencontres.
Oser une pensée hors de l’opinion générale, peu de choses au fond, mais de quoi desserrer l’étau, arrêter la chute libre du renoncement. Gageons que nous nous rencontrerons depuis nos lucarnes, à la croisée de leurs routes et des nôtres, d’autres individualités avec lesquelles, résistant au cynisme et à la violence du temps, nous redécouvrirons que tout n’est pas tel qu’on nous le dit, que ça pourrait être autrement, que cela dépend de chacun
Lucarnes
11:54 Publié dans accueil | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : zapping, prêt-à-penser, enquête
16.12.2011
Lettre ouverte aux jeunes gens, étudiants.
Lettre ouverte aux jeunes gens, étudiants.
1
Cette période (qui dure il est vrai depuis quelques années déjà) est particulièrement sinistre et cynique. Tout est fait, au regard de la politique du gouvernement Sarkozy et dans les media pour que s’organisent, dans les subjectivités, le repli sur soi, la peur de l’autre, l’individualisme, l’intolérance : la peur de tout qui revient à tout accepter et surtout à ne pas faire l’effort de penser les différentes situations. La peur de l’avenir, pour vous les plus jeunes, qui connaissez le chômage, l’absence de perspectives enchanteresses ou certaines, la répression, les interdits…
Sarkozy, depuis son arrivée au gouvernement, n’a de cesse de s’attaquer, de l’intérieur, aux institutions : l’école, les hôpitaux, les universités.
Dans les lieux où vous étudiez, école, lycée ou facs, ce qui est terrible c’est que la plupart de ceux qui sont vos professeurs, partagent la subjectivité médiocre qui est la norme : des discours catastrophistes à votre endroit (dixit certains « pas de salut pour vous hors la Chine » ) ou des abus de pouvoir : ils sont les maîtres, ils sont ceux qui savent et vous, vous ne savez rien et si vous apprenez quelque chose, il faut que vous restiez dans le moule. Jamais ils ne vous proposent la pensée, l’interlocution d’égal à égal sur ce terrain-là.
L’attaque et la destruction sarkozystes sont réelles et profondes ; il sera difficile de revenir en arrière, sur les réformes qui ont brisé le système public.
Que faire alors ? Que penser ?
D’abord, je pense que personne ne sait ce qui nous attend dans les cinq prochaines années tant du point de vue économique que social et politique. Les prévisions vont bon train mais personne ne fait l’hypothèse que le vent des révolutions arabes pourrait bien souffler jusqu’à nous. Ceux, parmi vos enseignants, qui tiennent des propos tels que « Partez en Chine », « Ici pas d’avenir, vous allez en baver » et d’autres choses encore du même acabit, sont des agents volontaristes de la politique de Sarkozy : ils baignent, sans recul ni critique, dans la conjoncture au lieu de la penser et surtout, ils vous entraînent à accepter vous aussi ce discours et à partager leur vision. Certains d’entre vous, étudiants, sont tentés de baisser les bras, sortent défaits de leurs cours et songent à arrêter leurs études. Pourquoi ? Parce que quelques profs bien pensants se prennent pour …. Dieu ou plutôt pour Irma la voyante.
C’est assez pitoyable vraiment.
Je crois qu’il faut être attentif à ce qu’il se passe, même aux mouvements les plus embryonnaires (pas nécessairement pour s’y joindre) mais pour mesurer ce qui se joue là. L’enquête permet toujours de se faire son propre point de vue et de se mettre à distance des media qui d’ailleurs censurent particulièrement les épisodes de révolte. Qui a parlé de l’évacuation « des indignés » du parvis de la Défense par les forces de l’ordre ?
Le temps de la jeunesse (je veux dire après le lycée), celui des études surtout, est un temps absolument à part dans une vie. Dès que vous serez entrés dans la vie active, ce temps-là sera parti à jamais. C’est donc un moment, une étape singulière où se forge pour la première fois votre rapport au travail pour vous-même (au lycée c’était obligatoire) et à ce que vous voulez devenir, à qui vous voulez être.
Qui l’on veut être, cela passe par la pensée qui aide à se forger ses propres principes.
C’est une période déterminante et qui peut être heureuse dans ce monde sinistre parce que vous avez choisi de faire avant tout ce qui vous plaît. Heureuse parce que vous avez la chance de pouvoir faire ces études (ce n’est pas le cas de tous) et que vous avez le désir et l’envie d’apprendre. Vous n’avez pas donné priorité à établir une carrière, à faire des choix parce que cela vous assurerait de l’argent ou des avantages (ni trader ni dans la finance ni dans la politique…).
Vous vous lancez sans certitude de l’avenir parce que vous êtes mû par le désir de faire ce que vous aimez, par passion. Cela doit vous donner le courage de continuer et de forger, chemin faisant, vos propres principes dans cette société qui n’en a plus ou plutôt qui n’a que des principes matérialistes et pourris.
Le temps des études c’est aussi le temps de se dé-router, d’abandonner ses certitudes et de faire des rencontres improbables et imprévues : sortir de son monde pour rencontrer le monde. Alors tous ceux, qui du haut de l’estrade, sont installés dans leurs certitudes et qui prônent en plus la médiocrité comme norme de la pensée, sont vraiment à prendre avec de la distance critique. Faire aujourd’hui dans un cours l’apologie du film Intouchables est révélateur non seulement de cette médiocrité mais du règne de la pensée dominante qui cherche à donner bonne conscience et bonne opinion de soi-même et à bannir tout effort de pensée véritable.
Il y a un enjeu véritable à ce que des jeunes gens comme vous existent parce que c’est en étant ce que vous êtes que vous vous sortirez de la morosité, du pessimisme, de l’individualisme et que peut-être, dans les années à venir, les agences de notation, la finance comme unique idéologie politique, tout cela tombera.
Continuer et finir ce que vous avez commencé parce que, quoiqu’il arrive, vous aurez commencé votre vie en faisant ce que vous aviez profondément envie de faire et que vous aurez appris mille choses qui vous serviront toujours, même si ce n’est pas dans l’immédiat, même si dans un premier temps, vous ne vivez pas de cela.
C’est dur, je trouve, d’entrer dans la vie en devant faire dès le début des concessions sur soi et sur son désir. Désir ici au sens plein du terme : quelque chose qui vient de loin et qui est non seulement fondamental mais quasiment vital.
Paula Balso
Ce premier texte fait suite à une discussion avec deux étudiants, l’un en BTS design, l’autre en architecture. D’autres suivront.
23:38 Publié dans On peut penser autrement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.12.2011
le film Intouchables : de quoi s'indigner
Le film Intouchables : de quoi s’indigner !
En quelques jours, en quelques semaines, par le bouche à oreille et par le relais infaillible des media, Intouchables est devenu le film qu’il fallait à tout prix avoir vu parce que tout le monde en parlait et parce qu’il plaisait à tout le monde. 10 millions de spectateurs en un mois ! 13 aujourd’hui ! Le succès ne se dément pas semble-t-il.
Je suis toujours méfiante quand un film est aussi consensuel : c’est toujours pour de mauvaises raisons. Mais agacée par ce que j’entendais dire sur ce conte de fées qui remonte le moral en berne des français, je me suis décidée à me rendre compte par moi-même de ce phénomène cinématographique qui relègue, en termes de rentabilité financière, les super productions américaines telles qu’Avatar.
J’ai détesté ce film. Loin d’être une comédie légère sur un sujet lourd, le handicap, ce film se constitue comme une opération idéologique de grande envergure dont la morale pourrait être la suivante : dans notre société et par les mauvais temps qui courent, mieux vaut être un handicapé blanc et riche qu’un pauvre noir de banlieue.
Il y a tout d’abord le modèle, la vie réelle : ce film est tiré d’une histoire vraie et suit fidèlement la vie du vrai handicapé Philippe Pozzo di Borgo. Alors si cela est arrivé dans la vraie vie, pourquoi cela n’arriverait-il pas à d’autres ? A ces milliers d’handicapés, qui, souvent pauvres ou de revenus modestes, coincés dans la vie quotidienne parce que l’ascenseur de leur immeuble est en panne, parce que rien n’est réellement aménagé ni prévu pour eux dans la plupart des lieux publics, plus ou moins isolés socialement, aidés tant bien que mal par les services à la personne : le film prétend les faire rêver et plaider la cause du handicap. Peut-être pourront-ils devenir riches eux aussi, s’ils se mettaient à écrire leur histoire ou à rencontrer un bon noir des banlieues qui se dévouerait corps et âme ! Ce film a une première visée idéologique : sensibiliser les citoyens au handicap.
Mais ce n’est pas tout et la perversité de ce film pavé de bonnes intentions est plus profonde.
Loin de placer sur un pied d’égalité les deux protagonistes, le film nous fait sentir tout du long, par de lourdes caricatures, des clichés méprisants, que le bon noir Omar Sy est un revenant contemporain du bon sauvage ou du nègre qui fascine autant qu’il dérange. On le tolère parce qu’il est le seul à avoir de l’humour – et encore en la matière, on ne peut pas dire qu’il soit d’une grande finesse – et à avoir une constitution solide (il devra porter son patron tétraplégique).
Cliché 1
Forcément voleur, forcément un peu voyou, forcément issu d’une famille nombreuse, sa mère – nécessairement femme de ménage – élève seule tous ses enfants. Driss vit dans un HLM de banlieue et tourne mal : c’est un assisté social qui débarque chez Philippe (François Cluzet) seulement pour faire signer ses papiers prouvant qu’il cherche du travail.
Le personnage est ainsi campé dans ses attributs sociaux qui, au passage, stigmatisent ses pairs de banlieue.
Cliché 2
Driss est beau gosse, il est bien bâti, de stature athlétique : on nous le montre à plusieurs reprises mais il est à éduquer. Comme tout bon sauvage, il ne connaît rien à la civilisation, à l’art, à la culture en général et Philippe va se charger de son éducation : les grands compositeurs, les grands peintres, la société bourgeoise (elle aussi caricaturée)… Driss doit délaisser son look de banlieue – jogging et capuche – revêtir costume et cravate et découvrir la musique classique.
Le modèle que doit rejoindre Driss est bien celui imposé par les riches.
Deuxième leçon.
Au sens propre et contrairement à ce que veut faire croire le film, il n’y aucun échange véritable et réel entre les deux hommes, aucune rencontre. Si Driss a quelque chose de drôle et d’humain, il le tient du côté de l’histoire de sa propre vie : en marge des règles et de la vie rangée du bon citoyen, il ne craint rien, ni la police ni l’avenir ni le ridicule. Mais que reçoit-il de Philippe en dehors des règles de bonne conduite ? Rien strictement.
Tous deux se séparent sans que rien n’ait changé dans la vie de Driss. Pauvre il était, pauvre il restera. Tandis que Philippe, riche, le restera, mais grâce à Driss, aura trouvé une femme.
Le beau gosse des banlieues est décidément trop pauvre et trop marqué socialement pour voir sa condition changer. En tous cas, ce changement ne viendra pas du riche.
Troisième leçon
Cliché 3
Driss, nous l’avons dit, est pas mal dans sa catégorie mais il n’est pas très fin. Il s’entiche de la jolie secrétaire de son patron qui le mène en bateau jusqu’à la fin. Driss tombe toujours dans le panneau et croit son jour enfin arriver pour mettre la jolie rousse dans son lit.
Mais et c’est la cerise sur le gâteau ou encore le cheveu qui tombe dans la soupe, cette femme est inaccessible, à moins qu’elle soit une intouchable de plus : elle est lesbienne. Le pauvre Driss comprend enfin (quoique rien n’est sûr : quand un plan à trois est évoqué, il bat à nouveau la campagne).
Là, le spectateur étouffe et jubile dans sa bonne conscience : après le pauvre sauvage qui se civilise, le handicapé qui retrouve une femme, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, les riches aiment les pauvres : non seulement ils peuvent se croiser mais mieux encore cohabiter quelque temps par le biais des services de luxe à la personne que peut s’offrir Philippe (pas moins de trois ou quatre personnes à sa disposition 24h/24h).
Si le spectateur est plein de compassion et d’amour pour ces deux-là, allons un peu plus loin, demandons-lui, au passage, d’être compatissants et tolérants avec les homosexuels.
Quatrième leçon
Alors, à la fin des fins, quand la salle applaudit à tout rompre sur le générique, qu’est-ce qui soulève cette foule emplie tout à coup de félicité et d’amour pour son prochain ?
Elle applaudit en réalité l’état de notre société et approuve que tout reste à sa place : le riche, chez lui plus heureux qu’avant, et le pauvre de retour d’exil en son royaume. Pendant une heure trente, les spectateurs se seront sentis touchés par ces deux qui n’auraient jamais dû se rencontrer parce que chacun est assigné à une place. Heureusement, ce n’était qu’un conte de fées. Car que se passerait-il si à la sortie, ces mêmes spectateurs rencontraient pour de vrai un Driss et un richissime tétraplégique ? Ne fuirait-il pas, apeuré, le voyou et ne convoiterait-il pas le riche et son handicap ?
Mieux vaut être un handicapé blanc et riche qu’un pauvre noir de banlieue.
Que l’on dorme tranquille sur cette belle histoire : Intouchables n’indigne personne.
Paula Balso
18:09 Publié dans cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : intouchables, de quoi s'indigner
Benjamin Fondane
En attendant une lecture sur Lucarnes, des poèmes de Benjamin Fondane , ou pour commencer, quelques extraits du long poème Ulysse. Nous les proposons en hommage aux émigrants qui chaque jour, s’arrachant au pays natal s’efforcent de tisser dans d’incertains rafiots, par des routes hasardeuses, le fil d’une existence possible.
« …. Les émigrants ne cessent d’escalader la nuit
ils grimpent dans la uit jusqu’à la fin du monde,ils rompent comme frères leur lait et le partagent
un sanglot fit le tour du monde,
et nous irons, bris d’une vieille danse,
sur toute la terre, et plus loin,
porteurs d’un grand secret dont s’est perdu le sens, crier au visage des hommes notre soif incurable…
— A quoi servirait notre vie,
à quoi nos batailles perdues, sinon à un Triomphe dont s’est perdu le sens,
et pour porter en fraude aux hommes
sous l’œil absent des douaniers—
une nouvelle beauté panique »
p.
Émigrants, diamants de la terre, sel sauvage,
je suis de votre race,
j’emporte comme vous ma vie dans ma valise,
je mange comme vous le pain de mon angoise,
je ne demande plus quel est le sens du monde,
je pose mon poing dur sur la table du monde,
je suis de ceux qui n’ont rien, qui veulent tout
—je ne saurai jamais me résigner ».
« si petit, si petit et si plein
si plein, si plein et si petit, si petit et pouvoir sangloter
si plein à pouvoir tout étreindre
un fleuve monte en moi, il monte,
je ne peux pas l’arrêter de mes mains
je ne peux pas l’empêcher de mon corps
- il passe à travers moi - il monte-
il monte »
L.L.
11:09 Publié dans notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fondane
Le Mépris de Jean-Luc Godard
“Nul mieux que Godard dans Le Mépris n’a jamais pratiqué le cinéma comme un art du montage et le montage comme un art de faire circuler des intensités, de changer de lignes” A. Bergala
“Montage, circulation des intensités, changement de lignes sont d’autres mots pour désigner ce qui constitue le rythme de ce film : rythme des images, des couleurs, de la musique, des dialogues, des personnages. Le fragment, l’instant mais aussi l’événement et la rupture sont au coeur de l’écriture cinématographique de Godard. Elément d’une esthétique, il n’est guère étonnant que le rythme dans Le Mépris ait une telle importance : il crée la discontinuité. Deux histoires se superposent, deux niveaux de référentialité : une histoire collective et mythique (le tournage de l’Odyssée par F. Lang) et une histoire individuelle (celle de Paul et de Camille Javal). Ces deux histoires font plus que coexister : le tournage de l’Odyssée semble influer sur l’histoire du couple de façon décisive : le conflit mythologique qui opposait les hommes aux dieux s’abat sur les individus de la société moderne. La rupture et la mort tragique sont ainsi inscrites dans ce rappel incessant de la présence divine.
“Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs”.
L’histoire du Mépris est placé sous le signe de l’Odyssée par substitution. C’est en effet son tournage, son existence, la présence et le propos de F.Lang qui confèrent un sens supplémentaire au film. Plusieurs plans suggèrent cette interprétation, notamment les plans – en insert – des dieux qui scandent la montée en tension du désaccord entre Paul et Camille et qui placent cette déchirure sous le signe du fatum et du tragique. Seul le montage d’une succession d’images appartenant à deux univers différents peut rendre compte de l’instant et de la vérité, saisissable seln l’esthétique godardienne par fragment seulement. Le passage de l’un à l’autre favorise la captation de l’indicible ou de l’in-montrable parce qu’il s’agit justement pour le spectateur de lire entre les lignes, mieux entre les images, qui servent de point d’ancrage fugitif ou de point d’amorce : la naissance du mépris, la perte du désir, la disparition du sentiment amoureux.
La musique scande le double niveau de la fiction. Le thème musical de Camille précède son apparition dans le champ de la caméra tandis que Camille s’absente de plus en plus de la situation. La musique, par son espace sonore envahit l’espace visuel et donne à entendre et à voir l’absence dans la présence.
Parmi les plans extraordinaires de ce film, deux retiennent l’attention. Dans l’appartement, Paul et Camille se disputent. Le plan, remarquable par sa durée – une demi-heure – l’est aussi par son traitement de l’espace. Les deux personnages se heurtent dans leur propre espace comme si celui ci ne pouvait plus les contenir tous deux. La dispute ne s’inscrit pas dans la durée, elle ne cesse de faire et de défaire : tout participe dans le cadrage comme dans le décor du processus irréversible de la séparation. La caméra prend le parti de ne jamais représenter en totalité, le cadrage n’accorde pas de place aux deux personnages en même temps. Le regard par le truchement de la caméra est donc toujours scindé, marque de la distance de Camille et de son mépris pour Paul. Camille, peu à peu, passe du côté des héros tragiques tandis que Paul demeure dans le domaine rationnel. Il incarne la réflexion là où Camille n’est qu’instinct. L’attitude de Camille n’a pas de sens à proprement parler, c’est Camille tout entière qui fait sens.
Un second plan est le plan quasi-théâtral où Camille, entrée avec le producteur Prokosch à la villa, signale sa présence sur le toit en agitant les bras puis elle sort du cadre par la gauche. Dans ce même plan, Paul entre dans le champ lui aussi par la gauche. Or tous deux ne se sont pas croisés. Cet exemple est significatif de la façon dont Godard traite l’espace et conçoit le montage : l’espace n’obéit pas à une logique. Les personnages qui s’y déplacent se l’approprient comme une scène de théâtre.
Godard , dans son génie cinématographique, a fait de la durée temporelle une écriture de l’instant.
“Le Mépris m’apparaît comme l’histoire des naufragés du monde occidental...dont le mystère est inexorablement l’absence de mystère, c’est-à-dire la vérité”. J.L. Godard
Le Mépris serait l’histoire de ce monde où la vérité se dévoile par éclats fugitifs et fragmentaires, dans la succession toujours interrompue d’instants parfois réconciliés.
Paula Balso
11:07 Publié dans cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


