09.12.2011
Benjamin Fondane
En attendant une lecture sur Lucarnes, des poèmes de Benjamin Fondane , ou pour commencer, quelques extraits du long poème Ulysse. Nous les proposons en hommage aux émigrants qui chaque jour, s’arrachant au pays natal s’efforcent de tisser dans d’incertains rafiots, par des routes hasardeuses, le fil d’une existence possible.
« …. Les émigrants ne cessent d’escalader la nuit
ils grimpent dans la uit jusqu’à la fin du monde,ils rompent comme frères leur lait et le partagent
un sanglot fit le tour du monde,
et nous irons, bris d’une vieille danse,
sur toute la terre, et plus loin,
porteurs d’un grand secret dont s’est perdu le sens, crier au visage des hommes notre soif incurable…
— A quoi servirait notre vie,
à quoi nos batailles perdues, sinon à un Triomphe dont s’est perdu le sens,
et pour porter en fraude aux hommes
sous l’œil absent des douaniers—
une nouvelle beauté panique »
p.
Émigrants, diamants de la terre, sel sauvage,
je suis de votre race,
j’emporte comme vous ma vie dans ma valise,
je mange comme vous le pain de mon angoise,
je ne demande plus quel est le sens du monde,
je pose mon poing dur sur la table du monde,
je suis de ceux qui n’ont rien, qui veulent tout
—je ne saurai jamais me résigner ».
« si petit, si petit et si plein
si plein, si plein et si petit, si petit et pouvoir sangloter
si plein à pouvoir tout étreindre
un fleuve monte en moi, il monte,
je ne peux pas l’arrêter de mes mains
je ne peux pas l’empêcher de mon corps
- il passe à travers moi - il monte-
il monte »
L.L.
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20.03.2009
Paul Gadenne, notes
Quiconque a vécu, une fois, ne serait-ce que l’espace d’une minute, sur de pareils sommets, s’en souviendra toujours, - et la vie après lui paraîtra longue, et les jours ternes et sans emploi. La vie bouge en nous, et ne nous laisse jamais longtemps à la même place. Des rencontres comme celles-ci, je le dis, ne se produisent que par exception. Vous aurez beau rêver cela toute votre vie, il est bien rare que le ciel vous accorde cet extraordinaire privilège. Je l’ai connu, et maintenant je n’ai pas trop de toute ma vie pour y rêver.
L’expérience de l’éloignement, c’est l’expérience de la nuit, - c’est la privation du dialogue. Le sens du dialogue se perd. Dans le monde comme dans la vie privée. Les gens (que je vois) ne savent que monologuer, ils n’écoutent plus qu’eux-mêmes. Personne ne semble plus s’intéresser à la pensée de l’autre. Dans un vrai dialogue, chaque mot est une surprise, chaque mot nous modifie. Et il y a surtout l’aura des mots, car les mots sont toujours un à peu près.
Quelle que soit la passion avec laquelle je désire le bien de mes semblables, et même
le mien parfois, j’éprouve une incapacité profonde à borner mes regards à l’horizon humain; et plus qu’une incapacité, une répugnance.
carnets Paul Gadenne, la Rue profonde, n°9
Ma vie continue à être dominée par les mythes. Le paroxysme est la loi de ma nature. Les choses et les êtres pénètrent en moi avec une violence qui ne tarde pas à tourner à la torture... Je vais au devant du monde avec une avidité atroce et mon premier mouvement est de briser tout ce qui me résiste.
carnets La Rupture, Paul Gadenne
Le bonheur d’écrire, c’est celui de vivre dans l’avenir, dans un état d’espoir constant, dans un monde où tout est possible. C’est de savoir qu’il est possible de devenir un autre.
Paul Gadenne, A propos du roman
Paula Balso
00:15 Publié dans notes de lecture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paul gadenne
Albert Cossery, Les hommes oubliés de Dieu
" Elle était calmée maintenant. Elle était apaisée et douce et elle parlait avec sa voix de petite fille tendre et charnelle. La voix du fond de sa chair, celle qui ne trompe pas, la vraie. C’était une femme qui aimait avec tout son corps.
Viens t’étendre sur le divan, dit-il.
Il l’emporta serrée contre lui et la coucha sur le divan. Elle se laissa emporter et puis coucher sans rien dire. A présent, la paix était en elle à cause de ce qui allait suivre : les caresses. Elle s’abandonna de tout son long, laissant libres toutes les promesses de son corps. Elle était à lui si simplement et si profondément. Alors il se mit à la déshabiller avec une lenteur presque maladive comme s’il craignait de lui faire mal et aussi à cause d’une idée qui venait de surgir en lui : ne pas la posséder ce soir. Il savait que son désir d’elle était ce côté paisible de la vie, où toutes les angoisses disparaissent, où toutes les folies du cerveau meurent vaincues par l’impitoyable élan de jouissance. Mais il savait aussi que pour elle chaque jouissance était un pas de plus vers la mort. Elle était si frêle et elle se donnait toujours si entièrement. Elle apportait dans l’amour une telle ardeur qu’il lui semblait, chaque fois qu’il la prenait, qu’elle s’anéantissait dans l’amour comme dans une mort inépuisable, et qu’elle tentait de l’anéantir avec elle.
Pourquoi pauvre ? Est-ce parce que je dois mourir ? Mais je ne mourrai jamais pour toi, mon chéri. Pour toi, je serai toujours présente. Chaque fois que tu rencontreras sur ta route un enfant déguenillé qui a faim et froid et qu’à sa vue ton coeur frémira de révolte, je serai près de toi. L’enfant qui pleure parce qu’il a faim et froid, ça sera moi. L’homme accablé de soucis et qui ne sait où aller, ça sera moi. Et la femme délaissée et les amours rompues toujours à cause de l’argent, et tous les désirs insatisfaits et les envies de manger ou simplement respirer, tout cela, ça sera encore moi, toujours moi."
Albert Cossery – Oeuvres complètes Tome 1 – Editions Joelle Losfeld
Paula Balso
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