16.12.2008
Sur la route … une création de la compagnie Les Colporteurs, librement inspirée de Oedipe sur la route d'Henry Bauchau
Sur la route …
une création de la compagnie Les Colporteurs,
librement inspirée de Oedipe sur la route d'Henry Bauchau
Vu à l’Atelier du Plateau au printemps 2008, création octobre 2009
"Il y a 20 ans, j'ai été Quasimodo. J'adorais ce personnage.
J'aimais l'idée que dans la cours des miracles tous les corps avaient leur
place, aussi étranges, impressionnants et monstrueux fussent-ils. Ils avaient le
droit d’exister. Dans les foires, au cirque, ces corps étaient recherchés,
accueillis, exhibés, parfois de manière terrifiante, mais ils avaient trouvé une
place, une famille, ils pouvaient vivre. Aujourd’hui nous vivons dans un monde
qui décide de « l’esthétique physique juste » et, plus on s’en éloigne, moins
on a sa place…
Alors, comment vivre blessé ? Je ne veux pas exhiber mon corps blessé, je
veux le faire danser ! Je veux le faire exister dans sa nouvelle et différente
beauté. Je veux inventer l’étrange langage de mon nouveau corps.
En me mettant en jeu, en scène, je déclenche une énergie qui n’existe qu’à ce
moment-là. Faire ce spectacle c’est me créer des espaces dans lesquels
j’utilise cette énergie pour provoquer mon corps. Toute ma vie, j’ai repoussé
toujours plus loin mes limites. Aujourd’hui, avec mon corps tel qu’il est, je me
surpasse, je partage des émotions fortes avec le public et je me sens toujours
un « homme de cirque »…
Antoine Rigot
Quand une vérité est en jeu, le temps n'est pas compté. Le travail présenté au printemps dernier à l'Atelier du Plateau par la Compagnie les Colporteurs sera créé en août 2009; plusieurs semaines de recherche en laboratoire, un parcours de Thèbes à Athènes, sur les traces d’Œdipe "temps dédié à l’écriture du spectacle et à la collecte de matériaux visuels et sonores". La présentation à l'Atelier du Plateau était une étape, un arrêt sur image, un état du travail, et pourtant, déjà, un moment de perfection.
Deux funambules, un homme, une femme. Pas une parole, seulement les corps et la musique, cris, sons, qui modèlent l’espace avec eux. L’histoire de la résurrection d’un homme cassé par un terrible accident qui d’abord refuse puis doucement accepte la main tendue d’une femme. Au début lui au sol, massant longuement ses pieds musclés de funambule, puis dépliant l’une après l’autre avec les mains ses jambes paralysées et ses efforts pour se mettre debout. Elle au-dessus évolue sur un fil. Elle lui tend une main que pour finir il prend, lâche puis reprend ; elle quitte parfois son fil pour le corps de l’homme, s’y enroule, puis retrouve le fil jusqu’à ce moment où l’homme retombe, on le croit mort. Elle saute au sol, le pousse le tire, le porte jusqu’à ce qu’il se lève et se hisse. Alors, idée extraordinaire, elle lui met dans les mains deux longues perches, comme deux cannes immenses qui relient le ciel et l’enfer, qu’elle fait avancer pas à pas depuis le sol et il avance ainsi sur le fil jusqu’au moment ultime où il se rétablit – avec peine - sur la plateforme et la regarde et lui sourit et elle aussi, sans fin. Instant bouleversant.
L’art - la vie ; le funambule a réellement vécu tout cela ; son corps déformé peu à peu reconquis, nouveau, malhabile et superbe, dit d’emblée que rien là n’est de fiction. Sinon qu'il a fallu sans doute le détour par elle pour que le spectacle atteigne cette intensité et nous confronte à la fulgurante apparition d'une vérité : l'impossible est là, l'amour accueilli accorde une nouvelle vie. C'est, explique A. Rigot avant de s'installer au pied du mât qui tient le fil et que commence sa lente résurrection, la lecture d'Oedipe sur la route d'Henri Bauchau qui anime ce spectacle. D’où le nom. Sur la route , la route de toute vie, fragile et hasardeuse. S’arracher aux pesanteurs terrestres, jusqu’à marcher sur le fil tendu dessus le marais des misères. La vraie vie se joue sur un fil entre ciel et terre, entre le divin et l’humain, marche maladroite et triomphale. Seule une rencontre, pourvu qu’on en accepte l’apparition inouïe, donne accès au site de l’humain. Triomphe de l’amour. La confiance pourtant ne suffit pas.. Il faut du courage, et quel courage, pour tenir, sans lâcher, debout sur le fil. Conquête, sous nos yeux, de l’iimpossible.
L.L.
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