27.12.2008
Sur la route de Madison ou qu’est ce qui vaut de vivre une vie ?
“Toute notre vie nous avons avancé l’un vers l’autre pour ces quatre jours”
Ce film de Clint Eastwood est un chef d’oeuvre. Non par l’originalité de son sujet – rapidement dit une histoire d’amour, qui pourrait être une énième histoire d’amour au cinéma - mais par la puissance de la mise en scène de la situation : la passion amoureuse, poussée à son paroxysme, qui pour ne pas finir mal ou pour ne pas finir du tout (il existe donc des passions qui ne s’achèvent pas tragiquement) , se transforme en passion pour l’éternité, ici et maintenant. Meryl Streep (Francesca) fait le choix du divin. Elle éprouve pour Robert un amour kierkegaardien : elle renonce au seul amour de sa vie, pour le garder intact jusqu’à la fin de ses jours.
Quatre jours de profond bonheur et d’harmonie sans faille peuvent donc combler une vie ? Cela est-il possible ?
Examinons la situation.
Meryl Streep est une femme au foyer accomplie, dans une ferme isolée dans le comté de l’Oiowa “une femme d’intérieur au milieu de nulle part”. Elle est mariée à un fermier Richard (honnête, travailleur, attentionné, bon père,”correct”) dont elle a deux enfants. Son existence jusqu’à l’arrivée de Robert le photographe nomade, est un long fleuve tranquille, passablement déprimant et sans remous d’aucune sorte. Une vie, comme nous sommes nombreux sans doute à en vivre, malgré nous ou avec notre consentement. Tout dépend de ce qui vaut, aux yeux de chacun, de vivre une vie !
L’irruption inattendue de Robert dans son existence tient du miracle car leur rencontre va lui révéler que son attente, en partie insue d’elle-même, est comblée. Ces quatre jours passés aux côtés de cet homme sont la révélation bouleversante de ce qu’un amour qui se donne dans une rencontre véritable des âmes et des corps, vécu dans une temporalité singulière et détaché du cours de l’existence ordinaire, peut réorienter le cours d’une vie : garder en soi les instants où, parce que des sommets ont été atteints une seule et unique fois, le reste de l’existence est transfiguré.
Si la rencontre fait partie de ce qui vaut de vivre une vie, alors Sur la route de Madison est exemplaire. On peut penser que Francesca est lâche quand elle refuse de suivre Robert et de quitter sa maison, laissant derrière elle son mari et ses enfants. On peut aussi penser qu’elle est dans un renoncement salvateur (et l’on retourne ici à Kierkegaard) : ces instants de grâce vécus ne peuvent durer , c’est un état d’exception, qu’à la condition d’y renoncer : alors ils seront là pour l’éternité.
“Les vieux rêves étaient de bons rêves.
Je ne les ai pas réalisés mais je suis heureux de les avoir eus”.
Paula Balso
20:23 Publié dans cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : clint eastwood, sur la route de madison


